De Crans-Montana à Chiètres
Vu de France, 2026 est (déjà) «l'annus horribilis» de la Suisse

Mais que se passe-t-il en Suisse? Alors que les médias français continuent de suivre avidement l'enquête sur l'incendie de Crans-Montana, la catastrophe du bus de Chiètres renforce l'idée d'un pays qui ne va plus bien.
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Guy Parmelin, président de la Confédération, s'est rendu ce mercredi sur le site de l'incendie du bus dans le canton de Fribourg.
Photo: keystone-sda.ch
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Richard WerlyJournaliste Blick

Mais que se passe-t-il en Suisse? Cette question, les correspondants helvétiques en France, dont l'auteur de ces lignes, ont dû à nouveau y répondre ce mercredi 11 mars, après l'incendie du car postal à Chiètres, dans le canton de Fribourg. Ces jours-ci, les médias français titraient de nouveau sur l'actualité helvétique, après les révélations sur les finances douteuses des époux Moretti.

«Incendie de Crans-Montana: l'empire des Moretti bâti sur un schéma de Ponzi et alimenté par le grand banditisme corse?» titrait, mardi 10 mars, l'hebdomadaire Paris Match. Plusieurs chaînes d'information en continu avaient, dans la journée, relayé le document de Fedpol (Office fédéral de la police) disséquant les comptes du couple propriétaire du «Constellation». Et voilà que le car postal de Chiètres a relancé l'image d'une Suisse qui n'est plus tout à fait sûre, stable et tranquille...

Les clichés qui font mal

Il est toujours difficile de répondre aux clichés. Or, depuis le début de 2026, ceux-ci se multiplient à l'égard de la Confédération. Exemple: cette question d'un confrère de Radio France, qui mêlait ce mercredi matin la guerre en Iran et l'incendie du bus postal: «La Suisse est-elle devenue un pays à risque? Comment expliquez-vous ces accidents à répétition?». 

La veille, au cœur de la nuit et alors que les secours achevaient de désincarcérer les corps pris dans l'autobus en feu, une rumeur avait surgi: et si l'individu qui s'est immolé était un Iranien protestant contre le sort réservé à son pays?

«Acte volontaire»

La police et la justice cantonale ont, depuis, éteint cette polémique. Dans le langage officiel, «la piste d’un acte volontaire est privilégiée». Me voici obligé, au téléphone, de renvoyer vers l'intervention du procureur. «Le Monde», «Le Figaro» et «Les Echos» relaient tous l'information, avec les images du président de la Confédération venu sur place avec une gerbe de fleurs pour rendre hommage aux victimes. La Suisse est ébranlée, cela est évident. «Mais que se passe-t-il?» me répètent mes interlocuteurs.

Impossible de donner une réponse, évidemment, tant les deux événements — l'incendie du «Constellation» à Crans-Montana et celui du bus à Chiètres — n'ont rien à voir. Mais il faut expliquer. Au début janvier, les interrogations pleuvaient de la part de mes collègues français sur les réglementations en Suisse, sur le canton du Valais, sur les possibles connexions des Moretti avec le milieu corse. Autant de questions renforcées, au fil des semaines, par les révélations successives sur le passé douteux des époux Moretti, puis par l'inculpation du président de la commune, Nicolas Feraud.

Qu'est-ce qu'un car postal?

La catastrophe de Fribourg amène un autre lot de demandes: qu'est-ce qu'un car postal? Quels sont les contrôles de sécurité routière en Suisse? Pourrait-il s'agir d'un attentat? Pas simple d'y répondre sans admettre ce qui est évident. Oui, cette année 2026 commence très mal pour la Suisse. Oui, dans le pays, beaucoup s'interrogent aussi sur cette succession tragique de catastrophes.

Le paradoxe est que la Suisse, ces jours-ci, était soudain redevenue d'actualité pour sa tranquillité et sa sécurité. Motif? La guerre en Iran qui transforme Dubaï, sa prétendue émule du Moyen-Orient, en forteresse bancaire et touristique assiégée. «Le grand retour du refuge suisse» titrait, ces jours-ci, la chaîne BFM Business. 

Pas de risque, à Zurich ou à Genève, de se retrouver exposé aux conséquences de la guerre qui transforme le golfe Persique en brasier géopolitique. La Suisse qui rassure et qui protège semblait redevenue d'actualité. Et voilà que le pire est à nouveau advenu. Vous avez dit «annus horribilis»?

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